Comme argentine, mon pays a été presque construit par la littérature de voyages. Ce-ci est un sujet qui m’intéresse davantage. :)
Je crois que l’idée de la mesure de l’espace est née de l’intérêt scientifique et commercial. Les appareils pour mesurer la mer et l’accrut du développement des cités ont apparu avec le besoin des Etats de découvrir/cartographier la mer pour trouver des nouveaux commerces.
Dans le texte d’Antoine de Bougainville, on peut voir exemplifiées beaucoup des choses dont Gilles et Deleuze théorisent. Ce qui m’intéresse de Bougainville est le discours qu’il utilise pour raconter son voyage. Il se définie comme un « voyager et un marin » et dès le debout, il nous rappelle que ses écrits ne sont pas « une ouvrage d’amusement » sinon qu’ils sont faites « surtout pour les marin » : c’est à dire, ils ont un but complètement utilitaire et pratique.
On sait que la raison du voyage est un ordre gouvernemental. Mais pour Bougainville, il y a aussi un intérêt complémentaires : ce lui de mesurer et enregistrer l’espace qu’il va parcourir.
Dans le deuxième chapitre, quand il est dans la mer, on perçoit qu’il est dans le passage entre ce qui Gilles et Deleuze appellent l’espace lisse et le strié. Bougainville veut voyager selon les points qu’il a dans son précaire carte, mais il ne trouve que des erreurs : les choses (et les Sauvages) sont « mal placées sur la carte ». Pour enregistrer ces différences, il raconte aussi les différents vents et forces qui bouge la frégate.
Le continent (dans le troisième chapitre) doit être pour lui aussi une mer lisse. Au-dehors de Buenos Aires (la seule ville, le point fixe), « on ne trouve plus que des campagnes immenses… Tout le pays est uni ». Pour les voyageurs, le pays n’a pas de bornes, des marques, des triés pour le mesurer. Le problème pour Bougainville est la faute de propriété privée qui divise et dirige l’espace. Pour lui la terre n’est que le potentiel pour cultiver et commercer.
Dans la précarité, les erreurs et les faibles esquisses qu’il fait sur Buenos Aires et la mer autour des Iles Malouines, Bougainville a réussi à strier plus qu’un espace géographique: il a fait un espace cultural et imaginaire. Plusieurs voyageurs après lui ont suivi son exemple et ont même qualifié les « pampas » (une construction européenne) comme étendus comme la mer. Pour écrire (et construire) cet espace, les Argentines ont eu dû le rapproprier : le premier geste, dans la première poésie nationale a été de strier, limiter, borner cet espace dit incommensurable:
La Cautiva (1837)
Era la tarde, y la hora
en que el sol la cresta dora
de los Andes. El Desierto
inconmensurable, abierto,
y misterioso a sus pies
se extiende; triste el semblante,
solitario y taciturno
como el mar, cuando un instante
al crepúsculo nocturno,
pone rienda a su altivez.